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 V8, tu sens la fin...

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julo62
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MessageSujet: Re: V8, tu sens la fin...   Mer 4 Mar 2015 - 17:21

Citation :
Ulf Anderson patientait dans un des nombreux vestibules de la commanderie générale. Il allait recevoir sa feuille de mission des mains de Hans Schawrtzkopf, le Reiksmeister en charge de la défense des frontières.
Schwartzkopf avait toujours besoin de faire dans le cérémonial... Il était issu d’une famille de grands officiers du Reikland, souvent des gens au caractère bien trempé, mais Schwatzkopf dérogeait à la règle.
C’était un homme petit, empâté, couard et fielleux. On racontait, chez les officiers du rang qu’il devait son poste à sa blessure  « de guerre » et qu’il avait reçu celle-ci en tombant de cheval un matin de défilé de fête impériale dans les rues d’Altdorf.
Il avait chu devant l’escadron de la Reiksgard qu’il commandait nominalement, et si les hommes n’avaient pas bronché, leurs regards goguenards et entendus l’avaient meurtri. Il avait gardé de cette mésaventure une aversion profonde pour les hommes de la troupe et il prenait, depuis, un plaisir sadique à faire durer l’attente des soldats avant de leur révéler leur mission. De cette désaffection mutuelle, il avait hérité le sobriquet de Gros, tout le monde dans l’armée de l’Empire savait de qui on parlait, si on prononçait le Gros.

Anderson s’était levé, il contemplait le parterre de rosiers en fleur, dans la cour, par la fenêtre. Il semblait comme hypnotisé par ces arbustes,  alors qu’il s’imaginait déjà l’interminable entretien que le Reiksmeister allait lui imposer. Il triturait sa moustache. Il s’acharnait toujours dessus quand il perdait patience ou qu’il devait prendre une impor-tante décision.

Les fleurs rouges écarlates éclataient de vie dans cette cour bien ordonnée et calme, elle lui rappelait le fort N°6, l’hiver dernier...
Il commandait alors la 5ème Brigade de Marche du Reikland, pour une opération « de routine », selon le Reiksmeister. Il devait patrouiller, avec son régiment de hallebardiers et son escadrons de dragons de la Reiksgard, dans les marches du nord de la province, démontrait la puissance de l’état par la discipline de son armée, et recueillir quelques informations sur les sauvages qui pillaient quelques fois aux abords de la frontières.
Le Reiksmeister l’avait assuré, comme toujours, avec son petit sourire froid et mauvais, que leur présence n’était que racontars de donzelles, et qu’ils avaient de la chance, lui et ses hommes de bénéficier d’une affectation si clémente...
C’était l’hiver, la plaine était recouverte de neige, et dès la nuit tombée, on entendait les loups. Ils étaient nombreux, cet hiver là, comme s’ils sentaient à l’avance l’odeur des charniers...
Il avait mis ces hommes en garnison dans le fort N°6 après quinze jours de marche. Ils étaient épuisés et très amoindris, les rations de marche étaient toujours trop chiches, un jour il ferait manger ses dents à un officier de l’intendance, pensa-t-il. Il en sourit. Mais son visage se figea quand il regarda à nouveau les rosiers.
Ce rouge écarlate sur les blancs pavés, le sang de ses hommes dans la neige... Des cen-taines de barbares hideux et enragés se déversaient des bois, d’où venaient-ils, il n’en savait rien. Ils avaient profité de l’aube et de la brume matinale pour approcher du fortin. Ils étaient là, et le temps de rameuter les renforts n’existaient plus.
Leurs cors primitifs faisaient monter une musique terrifiante, leurs chefs se lacéraient le torse de leurs propres armes pour affirmer leur témérité et provoquer l’effroi. Ils avan-çaient, inexorablement, comme la marée qui monte.
L’alerte avait sonné, tous les hommes étaient aux postes de combat, leurs mains serrées sur les hampes des hallebardes, ils étaient calmes, mais on pouvait lire la terreur dans les yeux des cadets qui allaient livrer leur premier combat.
La compagnie d’arquebusiers ouvrit le feu quand les hommes du nord n’étaient plus qu’à 200 pas des murs de la redoute. A cette distance, la poudre noire et le plomb prélevaient un lourd tribut. Ce fut comme le signal de la charge chez les assaillants. Leur course folle et leur cri hideux s’amplifiaient... C’était comme une vague monstrueuse et désordonnée qui allait s’écrasait sur les faibles fortifications du refuge.
Et le bruit du combat éclata, comme un immense coup de tonnerre, les armes s’entrechoquaient, les hommes hurlaient de rage, les mourants expiraient dans des cris de femmes entrain d’accoucher.
Le carnage était total, pour un barbare mort, deux autres se présentaient, la discipline et l’endurance des hommes ne pouvaient durer éternellement... Encore cinq ou dix minutes, et tout le camp serait investi, et là commencerai la mise à mort...
Puis on entendit l’olifant, les Dragons de Lasker, le second d’Anderson en charge de l’escadron de cavalerie arrivaient. Ils chargeaient, c’étaient comme ces rouleaux de vagues qui défoncent même les digues du rivage patiemment montées par des générations de reiklanders, pierres après pierres.
Ils percutèrent, sabre au clair, l’arrière de la troupe de maraudeurs. Les nordiques, tout à leur fureur face aux fantassins du fortin n’avaient rien vu venir...
Le vacarme de l’impact fut colossal, dans ce froid glacial, les sons portaient comme dans la nef de la grande cathédrale d’Altdorf pour les fêtes des ides du printemps, quand toutes les clochent sonnent, et que les enfants se mettent les mains aux oreilles et tournent des regards apeurés vers leurs mères.
Le combat cessa vite, les agresseurs étaient écrasés par la violence de l’assaut, les survi-vants détalèrent vers le couvert de la forêt.
Anderson n’ordonna pas la poursuite, il avait trop besoin d’hommes pour secourir les blessés.
Quand le silence revint, il contempla le champ de bataille, le rouge écarlate du sang sur le blanc manteau de neige... Le pourpre éclatant des rosiers sur l’albâtre des pavés de la cour...

Cela faisait bien cinq minutes qu’il était planté immobile devant la fenêtre, l’ordonnance le regardait avec des yeux de veau et l’apostropha :
«  Général, le Reiksmeister vous attend... vous savez bien qu’il n’aime pas perdre son temps...
— J’arrive ! »
Il savait déjà que les prochains reflets rubis qu’il apercevrait ne seraient ni celui des fleurs ni celui des lèvres des filles d’Altdorf
Anderson emboîta le pas de l’ordonnance. C’était un rond de cuir comme il en existait des centaines dans les grands bureaux de l’état-major. Il était grand et mince, un peu courbé à force de suer, à longueur de journée, assis, devant des registres d’intendance. Il avait les cheveux blond filasse et le teint glaireux. Sa voix monocorde transpirait l’ennui et aucune expression sur son visage ne venait tempérer cette impression. Il devait plaire à Schwartzkopf, pensa Anderson.

Après quelques pas dans le dédale de couloir de la commanderie, Anderson s’aperçut qu’on ne le conduisait pas au même endroit que d’habitude.
« Il est encore monté en grade, le Gros, on l’a changé de bureau » analysa-t-il.
Il repensa alors à Fitzpatrick, son camarade de promotion avec qui il avait passé la soirée d’hier.

Quand il pénétra dans le mess des officiers, Fitzpatrick était assis face au grand foyer, la pipe au bec, un livre à la main... Dès qu’il le vit, Anderson sut qu’il passerait une bonne soirée.
Fitzpatrick était couturé de cicatrices, il avait été blessé tant de fois, mais il était resté d’un naturel jovial, un optimiste né. Chaque épreuve ne faisait que renforcer son acharnement à la bonne humeur...
Il était général de division, comme Anderson, promu au mérite, là encore, comme Ander-son.
« Ulf, vieille branche, tu viens t’encanailler dans la capitale ! prononça le lecteur sans relever la tête.
— Je ne fais que passer, et pour pas longtemps encore, répondit Anderson.  A croire que les huiles ne savent pas faire, au front, sans moi !
— Sergent ! lança Fitzpatrick, toujours sans se retourner. Prépare deux assiettes et ramène du vin d’Averland, et le bon, celui du Gros !
— Mais... protesta le sergent.
— Y’a pas de mais, tout le monde sait tes petites combines, tu ne crois pas que tu vas te constituer une cave personnelle sur le dos des hommes du rang sans partager avec ce bon Fitzpatrick, déclara-t-il malicieusement.
— Bien mon Général, répondit, penaud, le sergent. »
Ils avaient passé une excellente soirée, Fitzpatrick parlait pour deux, cela tombait bien, Anderson, déjà du genre taciturne, n’avait envie que d’une chose, boire les paroles de son vieil ami et se reposer au son entrainant de sa voix.
Il lui avait exposé une de ses théories fumantes  comme il aimait les nommer, celle de l’incompétence structurelle.   Selon Fitzpatrick, toute bureaucratie portait, intrinsèque-ment, en elle, l’incompétence :
« En effet, tout individu compétent à son poste tend à être promu, jusqu’à ce qu’il arrive à un poste pour lequel il sera incompétent, poste où il stagnera. On arrive donc à une situa-tion, années après années, où l’incompétence se propage tout au long de l’arbre hiérar-chique... Imagine où nous en sommes, un Empire de vingt-cinq siècles ! »
Anderson songea que Fitzpatrick avait tort, l’arbre d’incompétence n’a pas fini d’être escaladé. Il se demandait comment répondrait son camarade à cette mise en échec de la théorie par l’exemple le plus convainquant d’incompétence qui soit, celui du Gros. Il se régalait d’avance des arguments alambiqués de son ami...

Ces pensées s’évacuaient à peine de son esprit qu’ils arrivèrent devant une énorme porte ouvragée, toute recouverte de dorures, l’œuvre des meilleurs artisans, sans doute même de nains.
« Patientez quelques instants, Général, susurra l’ordonnance. » Ce dernier pénétra dans le bureau, et après quelques secondes réapparut :
« Le Reiksmeister vous attend, et d’une voix encore plus inaudible. Il est de fort mauvaise humeur. »
Comme s’il pouvait en être autrement, pensa Anderson, le Reiksmeister le détestait, comme il détestait tous les officiers qui montaient en grade suite à leurs actions sur les champs de bataille.
Quand Anderson pénétra dans l’immense pièce, Schwartzkopf l’attendait, avachi dans son fauteuil, les cheveux en bataille et la barbe non peignée. Il avait, effectivement l’air ren-frogné, son teint, encore plus rougeaud qu’à l’habitude ne faisait que renforcer cette attitude mauvaise.
Il inspectait Anderson de son regard torve, tandis que celui-ci s’avançait.
A deux mètres du bureau, il s’arrêta net, claqua un impeccable salut, et s’immobilisa, le regard fixe bien au dessus du Reiksmeister.
Le supplice allait pouvoir commencer.

Schwartzkopf le dévisageait, il l’inspectait de haut en bas, comme pour une revue de cadets dans la cour de la caserne, cette inspection ne dura que quelques instants, mais Anderson n’en pouvait déjà plus de la nonchalance de son supérieur.
Puis, d’une voix faussement suave, le Reiksmeister lança :
« Repos, Général, repos... Vous êtes vous bien reposé en notre belle capitale ? »
Que signifiait donc se ton doucereux, cette empathie parfaitement étrangère, d’habitude, au Gros? Normalement, il semblait agresser ses interlocuteur avec un ton strident et pointu en parfait désaccord avec son physique. Contrairement à son apathie gestuelle, ces tirades ondulaient comme l’horrible queue serpentine d’une chimère. Mais là, on aurait pu croire qu’il s’adressait à un ami.
« Votre nouvelle affectation va vous ravir, vous qui semblez tant rechercher l’excitation des combats, vous allez être servi, mon bon Anderson. Vous partez dans le sud, avec la 3ème Division de Frontaliers. Elle vient d’être reconstituée après son anéantissement lors de la précédente campagne. Beaucoup de Bleus, mais vous adorez formater vos hommes à votre image, n’est-ce pas général ? le ton devenait plus sec.
— A vos ordres Herr Reiksmeister. »
Schwartzkopf avait espéré des protestations, ou des critiques, pour pouvoir rabrouer son subalterne, et celui-ci le savait. Surtout ne rien dire, s’imaginer ailleurs, loin, laisser le Gros raconter, il aimait tellement raconter. De toute façon on n’était jamais à l’abri d’une de ses nouvelles lubies, d’une réaffectation, ou d’un redéploiement d’une partie de sa troupe. Les Marches du Sud lui promettaient l’enfer, à lui et ses hommes.
— Au moins aurons-nous chaud, pensa-t-il et il esquissa un sourire.
— Cette nouvelle vous met de bonne humeur, crissa le Reiksmeister. Passez par les ser-vices du rang pour régler les détails. En fait le Reiksmarshall avait raison, vous êtes l’homme qu’il nous faut, et il éclata d’un rire moqueur. Rompez Général, rompez. »

Anderson sortit, presque soulagé, il ne reverrait sans doute plus jamais Altdorf après son départ, mais au moins le Gros n’avait pu se laisser aller à ses monologues vexatoires et interminables. Il devait descendre deux étages pour parvenir aux locaux du rang.

Il avait le choix, les escaliers de services, ou l’escalier monumental et sa galerie de por-traits des héros de l’Empire, au rang desquels le Saint Sigmar, de Lucciano Viscanto, le célèbre peintre tiléen du siècle dernier, était l’œuvre qui l’avait toujours le plus fasciné.
Ce chef d’œuvre de l’art moderne était reproduit dans les manuels scolaires que possé-daient tous les jeunes garçons qui, comme lui, par leur naissance ou leur valeur, avait droit à l’instruction impériale. Seulement, il était reproduit en noir et blanc, et de la taille d’une feuille de carnet. Déjà sous ce format, on pouvait ressentir la ferveur, la folie meurtrière même, du Saint Patron de l’Empire. Car si Sigmar avait fondé l’Empire, c’était dans le sang de ces ennemis qu’il avait puisé sa force et non dans l’immobilisme indécent des gestionnaires actuels.
Alors qu’il était encore cadet dans le régiment de Dragons de l’Impératrice, il avait eu le privilège de former la haie d’honneur, lors des festivités de présentation de la première héritière du couple impérial. A l’issue de la cérémonie, il avait quitté le palais par l’escalier monumental, et il avait été pétrifié en découvrant le tableau. A tel point que Fitzpatrick, qui l’accompagnait déjà, avait dû l’entrainer par la manche, et qu’il avait pu assouvir, pendant toute une semaine, son goût de la raillerie, devant la sensiblerie artis-tique de son comparse.
C’était une toile immense de quatre pas de haut sur six pas de large, les couleurs écla-taient comme celles du ciel des provinces du nord quand le soleil, pas encore levé, fait scintiller les bouffées d’énergie magique qui s’échappent en longs rubans ondulés de l’horizon. Les dimensions du Dieu étaient colossale, son visage, tout auréolé d’une toison d’or avait la taille d’une roue de diligence, et ses yeux celles de pavois d’arbalétriers esta-liens. C’est ce regard qui avait bouleversé Anderson. Le Maître tiléen avait, par quelques subterfuges picturaux propres aux artistes de son pays, capté l’essence divine du héros. Le regard brillait, et, plus incroyable encore, il semblait vous fixer, peu importe l’angle sous lequel vous observiez le portrait. Cependant pour Anderson, il lui sembla que Sigmar le fixait, lui, de ses yeux vifs, fougueux, mais bienveillants. Il en avait tiré une force, une confiance en lui, et un amour pour cet homme que, pourtant, vingt-cinq siècles séparaient.
« Je vais passer le voir  se dit-il, en bifurquant vers l’escalier d’apparat. »

Alors qu’il tournait le dernier couloir l’amenant devant le tableau, Anderson reconnut la silhouette fière et robuste du Reiksmarshall. Il lui tournait le dos, il contemplait Sigmar. Que faisait donc le Vieux, à cette heure dans les couloirs du palais, c’était l’heure du conseil, l’heure où, lui, Kurt Helborg s’acharnait, au côté de l’Empereur, à lutter contre l’incompétence et le laxisme de ceux qui se disaient serviteurs de l’État.
« Je savais que tu passerais par ici, Anderson. Je commence à te connaître mon garçon. déclara celui-ci, sur le ton de la confidence. »
Les hommes du rang surnommaient, affectueusement, le Reiksmarshall, le Vieux. Celui-ci le savait, et ne s’en offusquait point, au contraire il savait qu’il méritait ce titre de part sa bravoure à la pointe des combats, au milieu des biffins qui défendaient les terres civilisées, pour une solde dérisoire et toujours en retard, et parce qu’il les considérait, tous, comme ses enfants. Les siens, les vrais, n’étaient plus, il avait perdu ses trois fils sur les champs de bataille perpétuels que représentaient les frontières du pays. Mais lui était toujours là, son Croc Runique à la main, le juron à la bouche, et la foi en ses maîtres, Sigmar et l’Empereur comme seul bouclier.
Puis, après s’être retourné pour faire face à Anderson, le Reiksmarsall continua, mais à présent, avec son phrasé sec de vétéran :
« Vous avez vu Schwartzkopf ?
— Oui, Herr Reiksmarshall.
— Vous partez dans le sud, vous allez en baver.
— Pour Sigmar et pour l’Empereur, Herr Reiksmarsall !
— Bien sûr, bien sûr... éluda le Vieux. Des flottes barbares innombrables quittent leurs fjords maudits. Depuis plusieurs saisons, ils sont mystérieusement attirés par les Princi-pautés Frontalières, et de là, ils se déversent chez nous comme une nuée de rats.
— J’en ai aussi fait l’expérience, Herr Reiksmarshall, répondit Anderson.
— Nous le savons bien... Les ressources de l’Empire fondent, nos meilleurs régiments sont engloutis dans ce bourbier sans fin, mais nous projetons de couper la tête de cette mons-trueuse machination. Vous, et d’autres vont prendre la tête de nos recrues, vous investirez les Marches. Lorsque l’Empereur aura sonné le ban, il gagnera les frontières, avec la Reiksgard et toutes les troupes que les Électeurs lui enverront. Nous porterons le fer chez l’adversaire pour éradiquer, une bonne fois, ce fléau. Vous êtes l’avant-garde de notre offensive, vous subirez de lourdes pertes, sans doute ne reverrez vous jamais le Vaterland.
— C’est un honneur de servir l‘Empereur, Herr Reiksmarshall.
— Nous mobiliserons toutes nos ressources, il faut endiguer cette marée avant qu’elle ne nous submerge totalement. Vous passerez aux Écuries Impériales, l’Empereur vous confie Serres d’Argent. »
Serre d’Argent était un des griffons des haras impériaux. Anderson avait fait sa connais-sance lors des manœuvres d’été d’il y a deux ans. C’est le fils ainé de l’Empereur qui chevauchait Serres d’Argent. Le griffon avait été blessé lors des exercices, et, rendu fou de rage par la douleur, il s’apprêtait à faire de la charpie de l’unité d’arbalétriers qui l’avait malencontreusement touché. Anderson, chevauchant son pégase, s’était lancé à la pour-suite du majestueux volatile. Alors que le Griffon piquait en direction des fantassins terro-risés, sans prendre aucune considération pour les efforts de son cavalier à le réfréner, Anderson le dépassa. Il put lui lancer un regard, un seul regard. Car ces bêtes ne se com-mandent pas au son de la voix, ils obéissent car ils ne font qu’un avec leur maître. Le Griffon se cabra, évita au dernier moment les arbalétriers, et reparti vers le camp, en hurlant et en se contorsionnant pour observer furtivement Anderson, qui fièrement sur son pégase, continuait à le fixer pendant qu’il s’éloignait.
De tels événements ne trompaient pas, Anderson était le maître du puissant rapace, son alter-ego humain, une compréhension mutuelle les habitaient. Cependant, jamais un Général de Division, d’autant plus un officier issu du rang, et sans grande noblesse, ne s’était vu confié un tel animal.
Anderson ne savait que dire.
— Il vous servira fidèlement, c’est une bête fabuleuse, ne la décevait pas.
— Soyez en sûr, Herr Reiksmarshall. Vous remercierez l’Empereur, essaya Anderson.
— L’Empereur n’a que faire de vos remerciement, coupa le Vieux, il connait ses hommes et sait ce qu’il doit en penser. Ne trainez plus, vous partez demain, le 1er Lancier de Carroburg est arrivé hier, ce sont les dernières troupes que nous attendions.
— Bien, Herr Reiksmarshall.
— Vous passerez le bonjour à Ursula de ma part, ajouta le Vieux, dans un éclat de rire, tout en tournant les talons. »

La boutade de Helborg n’appelait pas de réponse. Ursula di Panormo était une figure emblématique de la vie nocturne de la cité. Personne ne savait d’où elle venait exacte-ment, mis à part qu’elle avait débarquée de Tilée, à Marienburg, il y a une trentaine d’années. C’était la tenancière du plus fameux bordel qu’Altdorf ait jamais compté.
La belle n’offrait plus ses charmes depuis fort longtemps, sauf à quelques vieux amants, et tous pensaient que le Vieux faisait partie de ceux là. Pourtant, elle était encore fort attirante, ses hanches galbées et sa poitrine aguichante avaient provoqué bon nombre de jeunes blancs-becs à des propos déplacés ou à des gestes un peu trop ambitieux. Imman-quablement, une gifle retentissante ponctuait la misérable tentative, puis les amis d’Ursula, deux brutes immenses venus d’Arabie et qui semblaient accompagner depuis toujours la belle, empoignaient l’indélicat déconfit. Alors, avant qu’ils ne l’aient mis à la porte, sans ménagement aucun, Ursula arrêtait ses sbires. Elle déposait, alors, un délicat baiser sur la joue encore vermillon du malheureux, en disant :
« Ce sont des choses qu’il faut savoir, mon ami, avec son merveilleux accent chantant. »
Effectivement, Anderson allait passer la soirée chez la belle souteneuse. Mais ce n’étaient pas pour les grands yeux noirs en amande, à peine souligné d’un peu de bleu d’Averheim, ni pour les douces lèvres charnues, délicatement peintes, qui vous lancent des sourires à se faire jeter aux fonds des enfers le plus chaste dévot du culte de Sigmar. Non, il avait été subjugué, la semaine dernière, par une nouvelle venue dans la troupe d’Ursula, une jeune estalienne... Il comptait bien la revoir avant, avant il ne savait quoi.

Mais il devait encore passer aux Grands Bureaux pour recevoir sa feuille de route officielle. Et il espérait bien avoir aussi le temps de passer chez le barbier. C’était un rituel. Sitôt sorti d’Altdorf, à la tête de ses troupes, Anderson redevenait l’homme simple et peu maniéré, voir parfois rustre que son éducation de petit noble provincial avait façonné.
Mais, avant de partir, il allait revoir Gustavson, ce vieux nain  qui exerçait la profession de barbier de père en fils sur les quais ouest du Reik. Avant son dernier départ, ne pensant plus le revoir, Gustavson lui avait révélé son âge, trois cent seize ans, il n’en était pas revenu. Ce râleur avait connu la Grande Guerre, c’était d’ailleurs pour cela qu’il était là. Sa forteresse faisait partie de celles qui avaient été rasées pendant l’invasion. Son père avait emmené sa famille à l’abri des murs des grandes cités humaines, et l’artisanat nain ayant toujours été tenu en grande estime par les gens aisés de l’Empire, il n’avait eu aucun mal à s’établir sur Altdorf, le soin que les nains portaient à leur barbe étant proverbial.

Il pénétra dans le bureau du sergent-major en charge des départs aux frontières.
« Gundwalski, s’écria Anderson, c’est donc toi qui me condamne !
— Il faut toujours que tu exagères, et ce n’est pas comme si tu faisais, à chaque occa-sion,ton possible pour te fourrer dans le pétrin ! répliqua le sous-officier l’air taquin, sans même quitter son siège ni esquisser le moindre salut. Il se retourna vivement sur les deux trouffions qui lui servaient de secrétaires et avec une voix d’archidiacre leur hurla :
— Garde à vous, bande de cloportes ! Un général entre ici, et vous continuez votre cou-ture.
— Mais... protestèrent les deux secondes classes.
— Le Général Anderson entre dans mon bureau, et mes deux gratte-papiers ne bougent pas d’un cil, je vais vous donner une formation accélérée, en cachot, au pain sec et à l’eau ! »
Les deux soldats avaient bondi de leur siège, qu’ils avaient renversés, claquaient un salut qui se voulait réglementaire, et attendaient sans savoir jusqu’à quel point leur sous-officier était sérieux.
« Le Général Anderson se salut, exposa Gundwalski.
— Tu as mon affectation, et ma dotation, sergent.
— Oui, tu pars demain, pour le Sud, avec de la bleusaille. Ils t’ont casé avec Wolfgang et Robert. Un certain Arkadij Naiditsh complète ton état major. Ah oui, Lasker commandera ta brigade de Cavalerie, mais il est déjà en route. Repos, lança-t-il à l’attention des deux plantons qui regardaient le général avec un mélange de crainte et d’admiration.
Gundwalski se permettait le tutoiement car il en avait reçu l’autorisation expresse par Anderson, lors de sa première saoulerie de cadet, c’est le sergent-major qui lui avait fait passé les sentinelles, il avait trouvé le jeune homme attachant. Par contre, il était de coutume, pour ces sous-officiers, qui ne recevaient d’ordres que du Grand Quartier Général, d’être assez arrangeant sur le protocole, le salut en particulier, car ils étaient, soit disant, débordés. Aussi, les deux simples soldats, qui avaient beaucoup de mal à suivre les logiques du sergent, se remettaient à peine de leur mésaventure.
« C’est quand même malheureux de se voir affecter des crétins pareils, si tu leur tapes dessus ils se renferment, si tu les laisses faire, ben, ils ne font rien...
— Tu n’en feras jamais d’autre, Anderson riait. Sont-ils vraiment aussi mauvais que les derniers que tu as fait passé par les armes, il s’étouffait tant il riait, et les deux secrétaires fondaient sur leur siège, comme de petites tâches de graisse.
— Arrête, si en plus on me les traumatise. Tiens signe là. As-tu le temps de partager ma ration ? »
La ration, c’est comme cela que Gundwalski appelait une eau de vie de prunes que son frère distillait, en toute illégalité dans son Nordland natal. Une fois l’an, il recevait du hareng salé en barriques de seize deniers, commerce tout à fait légal celui-là. Son frère profitait de la livraison pour dissimuler une pleine barrique d’eau de vie, et une lettre qui disait, année après année que tout allait bien, alors que c’était faux. Gundwalski se pro-menait donc, perpétuellement, avec une flasque d’un des meilleurs spiritueux de l’Empire, de ceux que même la table impériale pouvait être jalouse.
« Je te suis, je ne sais pas si je porterais, une autre fois, mes lèvres à ton remède, dit-il en dépliant la feuille de mission qu’il venait de recevoir. Mais elle est blanche, ta page !
— Ah oui, j’ai oublié, tu pars avec deux mages, deux grands échalas qui sentent souffler Azyr...
— Tu comptais me le dire un jour ? s’emporta Anderson, il détestait les mages.
— A leur contact, la feuille se remplira d’instructions au fur et à mesure que leurs décou-vertes te seront nécessaires, répondit-il avec un haussement d’épaule un peu gêné. Bon, as-tu soif ?  

La matinée était à présent bien avancée. En sortant du palais, Anderson héla un fiacre. La capitale grouillait d’activité, et le quartier palatin ne faisait pas exception. Ici, au moins les voies étaient larges et rectilignes, mais l’immense foule envahissait tout. C’était un étrange mélange de fonctionnaires et de militaires faisant la navette entre les différents bâtiments abritant les services de l’état, de voyageurs de passage voulant apercevoir le palais impérial, de citadins profitant de la sécurité relative de l’endroit et rejoignant les autres quartiers, et l’indéfinissable balais des colporteurs, mendiants et badauds en tout genre à l’affut de la bonne affaire.
C’était comme si l’ensemble du Vieux Monde s’était donné rendez-vous là. Bien entendu, toutes les provinces du vaste Empire étaient représentées. Altdorf attiraient depuis fort longtemps, à la fois ceux qui n’avaient rien et qui espéraient profiter de la richesse de la cité, et ceux qui possédaient quelques maigres talents ou marchandises et qui attendaient de l’imposante cité qu’elle les fît fructifier.
On pouvait voir des citoyens des provinces du sud, aisément repérables à leurs feutres mous ridiculement ornés de plumes des volatiles les plus variés. Du plus chamarré des panaches du négociant viticole d’Averland à la modeste plume de volaille d’un forçat monnayant quotidiennement ses bras sur les docks du Reik, aucun ne serait sorti sans cette coquetterie traditionnelle. Les femmes de ces contrées n’étaient pas en reste, leurs châles et leurs tuniques abusaient des plus incroyables teintures que les alchimistes char-latans savaient confectionner. Si certaines de ces mixtures étaient de grande qualité, souvent, ces pigments, qu’on pouvait acquérir pour quelques sous sur un étal ambulant, étaient d’une composition douteuse.
Anderson se souvenait d’une courtisane, fort bien apprêtée, qu’il avait ramenée un soir dans la chambre qu’il louait dans une petite auberge aux abords de la caserne. La soirée fut très agréable, et l’abus de vin doux l’avait mis d’humeur badine. Lorsque, avant de venir le rejoindre au lit, la jeune demoiselle retira la robe qui la faisait ressembler, quand ils valsaient, à un arc-en-ciel tant les couleurs vives se côtoyaient sur l’étoffe, il n’avait pu retenir son rire. Si la peau blanche et lisse que laissait apparaître l’échancrure généreuse de son corsage l’avait séduit bien plus que la conversation de la donzelle, les rougeurs provoquées par les démangeaisons et les reflets mauves et bleutés qu’avaient imprimé le tissu sur le corps de la demoiselle lui évoquèrent, bien plus, les maladies et les privations des hommes de la troupe que les appâts charnels d’une jeunette toute émoustillée de pouvoir se promener au bras d’un officier. Il avait soufflé la bougie.
Les habitants du nord de l’Empire étaient plus austères dans leurs accoutrements, mais ils compensaient largement cet effacement visuel par leur propension à parler haut, à crier même. C’étaient des marchands nés, ils vous alpaguaient en pleine rue, prêts à vous vanter les mérites de n’importe quelle babiole, les femmes surtout. Peut importait qu’elles fussent devant un paysan ou un archidiacre, elles employaient le tutoiement et n’hésitaient pas à user de la plus désarmante des familiarités.
Et puis, il y avait les tiléens qui changeaient de métier chaque jour, ils étaient saltim-banques, écrivains publics, montreurs d’animaux exotiques, vendeurs à la sauvette d’élixirs dont vous pouviez vous estimer satisfait si en prime des quelques sous qu’il vous avait coûtés, ils ne vous avaient pas cloué au lit avec une forte fièvre, ou vissé aux latrines avec bien d’autres ennuis. Leurs compagnes complétaient cette impression de cirque permanent, elles étaient jongleuses, diseuses de bonne aventure, ou encore envouteuses. Leur tient halé, leur cheveux noirs de jais, longs et dénoués et l’espièglerie malicieuse, voir moqueuse, de leurs grands yeux sombres en faisaient de sublimes créatures. Seulement, bien malin était celui qui obtenait le baiser pour lequel il avait donné sa pièce, et encore, avait-il de la chance si ce n’était pas l’intégralité de la bourse qui lui avait été délestée.

On trouvait encore de nombreux estaliens, souvent des hommes grands et robustes qui étaient embauchés dans les chantiers navals sur le Reik, ou comme dockers, beaucoup peuplaient aussi les grands chantiers de construction, car c’étaient des travailleurs durs à la tâche, et compétents. Les Principautés Frontalières fournissaient, elles aussi, tout un contingent à la population de la grande citée, mais contrairement aux autres, leurs ressor-tissants étaient disséminés parmi les deux grandes communautés étrangères. En effet, si l’on ne pouvait à proprement parler de quartier tiléen, et encore moins estaliens, dans certaines rues et dans certains établissements, il était bien rare d’entendre un des dia-lectes du Reikland.

Une voiture s’arrêta, le cocher, un vieil homme édenté s’adressa à Anderson :
« Où il va, le monsieur, pardon, le général ? »
Gus, tu veux bien effacer les 2 messages du dessus Wink
Je le mets à la fin, peut-être t'auras tout relu Razz


Dernière édition par julo62 le Ven 6 Mar 2015 - 16:08, édité 10 fois
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Tartignolle
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MessageSujet: Re: V8, tu sens la fin...   Mer 4 Mar 2015 - 18:41

Super cool ! Very Happy

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Gus
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MessageSujet: Re: V8, tu sens la fin...   Mer 4 Mar 2015 - 19:59

Tu aurais pus éditer c'était plus simple...

Je supprime demain

_________________
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"Pour un jeu fantastique, il est triste de voir que les joueurs manquent cruellement de fantaisie."

Recherche livre de jeu Warhammer pour ma collection :
https://docs.google.com/spreadsheets/d/14sXkOJydorgUChzyF7NBwtVjnCHVnqQIBO4XUHbYJRU/edit?usp=sharing
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julo62
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MessageSujet: Re: V8, tu sens la fin...   Mer 4 Mar 2015 - 20:17

Citation :
Super cool !
merci!
Citation :
Tu aurais pus éditer c'était plus simple...
oui, mais j'ai merdé chef^^
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MessageSujet: Re: V8, tu sens la fin...   

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